Une travailleuse humanitaire française parmi les trois personnes tuées dans des frappes de drones dans une ville de la RDC contrôlée par les rebelles

Karine Buisset, qui a la main sur la bouche. Elle porte un haut bleu et a les cheveux bruns mi-longs, avec des lunettes de soleil sur la tête.

Crédit photo, unicef

Légende image, L'Unicef a décrit Karine Buisset comme « une humanitaire dévouée qui a travaillé sans relâche pour venir en aide aux enfants et aux familles touchés par les conflits et les crises »
    • Author, Wycliffe Muia
  • Temps de lecture: 5 min

Un ressortissant français travaillant pour l'ONU en République démocratique du Congo a été tué, a déclaré le président français, à la suite d'informations faisant état de frappes de drones sur la ville de Goma, dans l'est du pays.

Deux autres personnes ont été tuées dans l'attaque, mais leur identité n'a pas été révélée.

Des témoins affirment que les drones ont frappé le lac Kivu et un immeuble résidentiel de deux étages fréquemment occupé par des expatriés et des travailleurs humanitaires dans la ville contrôlée par les rebelles tôt mercredi matin.

Dans un message publié sur X, le président français Emmanuel Macron a confirmé la mort de Karine Buisset, qui travaillait pour l'organisation caritative des Nations unies pour les enfants, l'Unicef, et a appelé au « respect du droit humanitaire ».

L'Unicef s'est dite « dévastée et indignée » par sa mort et a décrit Buisset comme « une humanitaire dévouée qui a travaillé sans relâche pour soutenir les enfants et les familles touchés par les conflits et les crises ».

Le chef de la mission de l'ONU en RDC a dénoncé l'escalade de la violence.

« Je condamne avec la plus grande fermeté l'utilisation d'armes, y compris de drones armés, qui mettent en danger les populations civiles et le personnel des Nations unies », a déclaré Bruno Lemarquis dans un communiqué mercredi.

Les rebelles du M23 ont pris le contrôle de Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu, près de la frontière avec le Rwanda, au début de l'année dernière.

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Depuis 2021, le groupe s'est emparé de vastes zones riches en minerais dans l'est de la RDC, et plusieurs cessez-le-feu négociés ont rapidement échoué.

Ladd Serwat, analyste senior pour l'Afrique au sein du groupe de surveillance des conflits Acled, a déclaré que les récentes frappes et combats « représentent la menace la plus grave pour Goma depuis sa prise et pourraient indiquer une offensive plus large de l'armée congolaise pour reprendre le contrôle de certaines zones du Nord-Kivu ».

L'armée de la République démocratique du Congo, stationnée à plusieurs centaines de kilomètres de Goma, lance régulièrement des frappes de drones à longue portée sur les positions du M23, tandis que des sources sécuritaires affirment que le M23 déploie également des drones explosifs sur les lignes de front.

Des vidéos diffusées mercredi sur les réseaux sociaux montraient des flammes envahissant le bâtiment tandis qu'une épaisse fumée s'élevait dans le ciel nocturne et que les habitants se précipitaient parmi les décombres.

Les images de la scène montraient le bâtiment fortement endommagé, avec le toit partiellement détruit, les murs criblés d'impacts d'éclats d'obus et les fenêtres soufflées.

Les habitants ont déclaré avoir entendu le bruit d'explosions de bombes et le bourdonnement de drones dans les quartiers de Goma, ce qui a semé la panique. Un habitant de Goma a déclaré à la BBC avoir entendu une détonation vers 4 heures du matin dans le quartier de Katindo, mais ne pas avoir su à ce moment-là ce qui s'était passé.

Un travailleur humanitaire proche de la maison touchée a déclaré à l'agence de presse AFP qu'il avait entendu le bruit d'un drone, suivi d'une forte explosion qui a fait un « trou dans le toit » du bâtiment.

Des pompiers, des membres du personnel des Nations Unies et des responsables du M23 ont été aperçus sur les lieux mercredi matin.

Selon l'agence de presse AP, cette résidence privée est située près du domicile de l'ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila. Ce dernier a été condamné à mort pour trahison, accusé de soutenir les rebelles, ce qu'il nie.

Les rebelles du M23 ont accusé le gouvernement d'être responsable de l'attaque, la qualifiant d'« acte terroriste ». Lawrence Kanyuka, porte-parole de l'Alliance de la rivière Congo (AFC), dont fait partie le M23, a décrit cette attaque comme une agression délibérée contre une ville densément peuplée.

L'armée a nié toute implication.

Ces frappes interviennent dans un contexte d'utilisation croissante des drones dans le conflit en RDC, qui a déplacé des millions de personnes et attiré les puissances régionales.

L'ONU et les pays occidentaux accusent le Rwanda de soutenir le M23, accusations que celui-ci nie.

Le mois dernier, Willy Ngoma, porte-parole éminent du M23, a été tué lors d'une frappe près de la ville minière de Rubaya.

Les combats se sont poursuivis malgré la signature d'un accord de paix entre le Rwanda et la RDC début décembre, à la demande du président américain Donald Trump, dernière tentative en date pour mettre fin au conflit.

Reportage supplémentaire d'Emery Makumeno à Kinshasa.