Une militante antiraciste de premier plan en Tunisie condamnée à huit ans de prison

Crédit photo, NurPhoto
- Author, Jean Otalor
- Temps de lecture: 4 min
Un tribunal tunisien a condamné la militante des droits humains Saadia Mosbah à huit ans de prison et à une amende de 26 000 livres sterling (35 000 dollars).
Mme Mosbah, qui dirige le groupe antiraciste Mnèmty, avait été inculpée de blanchiment d'argent et d'enrichissement illicite et avait été arrêtée en mai 2024.
Cette femme de 66 ans est depuis longtemps une ardente défenseuse des migrants subsahariens en Tunisie, en particulier depuis le discours prononcé en 2023 par le président Kais Saied, qui avait qualifié les « hordes de migrants illégaux » de menace démographique.
Depuis que le président Saied a dissous le parlement en 2021, les figures de l'opposition et les organisations de défense des droits humains ont mis en garde contre une érosion constante des droits et des libertés dans ce pays d'Afrique du Nord.
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« Ce verdict est un véritable choc, et il s'inscrit dans une campagne plus large visant à démanteler les organisations de la société civile et à leur faire porter la responsabilité de l'incapacité de l'État à régler la question des migrants », a déclaré à Reuters l'avocate de Mosbah, Hela Ben Salem.
L'année dernière, les autorités ont ordonné la suspension des activités de plusieurs organisations phares de la société civile – notamment le Forum tunisien des droits économiques et sociaux et l'Association des femmes démocrates, toutes deux reconnues pour leur défense des libertés civiles – en invoquant des audits financiers liés à des financements étrangers.
Lors de l'audience de jeudi, les avocats de Mosbah – qui a été jugée aux côtés d'autres militants – ont fait valoir que leurs clients étaient innocents.
Le fils de Mme Mosbah a également été condamné à trois ans de prison, tandis qu'un autre militant a écopé d'une peine de deux ans, rapporte l'AFP.
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La veille de l'audience, l'Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l'homme et l'Organisation mondiale contre la torture ont appelé les autorités tunisiennes à libérer immédiatement Mme Mosbah, invoquant son âge et des problèmes de santé, rapporte l'AFP.
Dans leur communiqué, ils ont déclaré que les poursuites engagées contre elle s'inscrivaient « dans un contexte plus large de répression croissante de la société civile en Tunisie », citant des affaires intentées contre des défenseurs des droits, des « campagnes de dénigrement » dans les médias et de nouvelles restrictions imposées aux ONG travaillant sur les questions migratoires.
Cette affaire intervient alors que la Tunisie fait face à une pression croissante liée à l'augmentation des flux migratoires en provenance de toute l'Afrique, le pays étant devenu un important point de transit pour les personnes qui tentent de rejoindre l'Europe.
En réponse, les autorités ont renforcé la sécurité et adopté des mesures juridiques plus strictes visant les réseaux de migration irrégulière, expulsant des milliers de migrants vers leur pays d'origine.
Les organisations de défense des droits de l'homme mettent en garde contre le risque que cette répression entrave davantage l'action humanitaire et restreigne l'espace dédié au plaidoyer indépendant.
























