Ce que la visite d'État de Tinubu signifie pour les relations entre le Nigeria et le Royaume-Uni

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- Author, Makuochi Okafor
- Role, Reporter Afrique de l'Ouest
- Reporting from, Lagos, Nigeria
- Temps de lecture: 7 min
Près de quarante ans après la dernière visite d'État d'un dirigeant nigérian, le roi Charles III et la reine Camilla s'apprêtent à accueillir mardi le président Bola Ahmed Tinubu et son épouse, Oluremi, au château de Windsor.
Les mesures de sécurité sont renforcées et l'espace aérien restreint autour de Windsor en prévision de ce que beaucoup considèrent comme un « événement historique » qui met en lumière les relations de longue date entre les deux pays.
La Grande-Bretagne a gouverné le Nigeria pendant l'ère coloniale et bon nombre des institutions modernes du pays reflètent encore cet héritage. La domination britannique a façonné le système juridique du Nigeria et certaines composantes de sa fonction publique.
Cette visite d'État présentera toutes les caractéristiques d'un événement diplomatique de haut niveau, notamment une promenade en calèche, des gardes d'honneur et un banquet d'État. En outre, des rencontres sont prévues avec le Premier ministre britannique et d'autres dignitaires du Royaume-Uni.
Quels sont les enjeux ?
La dernière visite d'État nigériane au Royaume-Uni remonte à 1989, lorsque le général Ibrahim Babangida, alors à la tête du régime militaire, s'était rendu au Royaume-Uni pour rencontrer la reine Élisabeth II lors d'un séjour de quatre jours.
Le général Ibrahim Babangida avait suscité l'admiration tant dans son pays qu'à l'étranger en arrivant vêtu d'une agbada bleue fluide, une tunique inspirée du costume traditionnel nigérian. Son épouse, Maryam Babangida, portait une tenue traditionnelle nigériane verte et grise. De nombreux Nigérians considèrent encore aujourd'hui l'épouse de Babangida, Maryam, comme la première dame la plus emblématique et la plus influente du pays.
Évoquant cette visite, l'historien nigérian Oludamola Adebowale a déclaré à la BBC que le Nigeria était « encore une nation relativement jeune » à l'époque et que le contexte politique était très différent de celui d'aujourd'hui.
Il a ajouté qu'à l'époque, le Nigeria s'efforçait d'asseoir sa « légitimité » en tant qu'État indépendant. Aujourd'hui, il est considéré comme un acteur plus influent à travers l'Afrique.
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« Le débat d'aujourd'hui porte donc moins sur la légitimité que sur le partenariat, le renforcement de la coopération dans les domaines du commerce, de l'investissement et de la sécurité, ainsi que sur les liens sociaux et économiques croissants entre les deux pays », a-t-il déclaré.
Lors de la précédente visite d'État, les relations avaient également été tendues par l'affaire Dikko de 1984, lorsque des agents nigérians ont tenté d'enlever l'ancien ministre Umaru Dikko à Londres, déclenchant une crise diplomatique.
« Cette visite a été l'occasion de stabiliser les relations entre les deux pays », a déclaré Adebowale.
Sunday Dare, conseiller du président Tinubu, a déclaré à la BBC que le Nigeria pourait tirer des avantages potentiels d'une « augmentation des investissements, d'un transfert de technologies, de la création d'emplois et d'une coopération financière plus étroite, susceptibles de soutenir la croissance économique ».
Le Nigeria mène actuellement d'importantes réformes économiques. Le gouvernement a supprimé une subvention sur le carburant, en vigueur depuis longtemps, unifié le marché des changes et mis en place des changements fiscaux et budgétaires visant à rétablir la stabilité économique.
Mais ces mesures ont également accru la pression sur de nombreux Nigérians. Alors que l'inflation commence à ralentir, de nouvelles vagues de violence et d'insécurité ont perturbé l'agriculture et la production dans plusieurs régions du pays.
Le président Tinubu fait également face à une pression internationale croissante pour lutter contre l'insécurité et mieux protéger les groupes vulnérables.
Depuis 2025, le président américain Donald Trump a évoqué à plusieurs reprises un « génocide des chrétiens » au Nigeria – des attaques ciblées contre les chrétiens par des islamistes. Le gouvernement nigérian réfute fermement cette affirmation, insistant sur le fait que la violence touche des personnes de toutes les religions.
Au Royaume-Uni, des députés ont également fait part de leurs préoccupations au ministre des Affaires étrangères concernant les attaques contre les chrétiens au Nigeria. Plus tôt cette année, l'envoyé spécial du Royaume-Uni pour la liberté de religion ou de conviction a mené un débat d'ajournement au Parlement sur cette question.
Ces défis ont alourdi la pression politique interne sur le président, bien que son parti au pouvoir, le Congrès progressiste (APC), ait consolidé son pouvoir dans une grande partie du pays.
Le mécontentement s'est accru, en particulier chez les jeunes, qui représentent plus de la moitié de la population nigériane.
Un sondage d'Afrobaromètre publié en 2025 montre que la plupart des jeunes estiment que leur pays va « dans la mauvaise direction ».
Le pays devrait organiser des élections en 2027, prolongeant ainsi sa plus longue période de régime démocratique ininterrompu depuis 1999.
Pour le président Tinubu, cette visite exigera probablement un exercice d'équilibre délicat : mettre en avant les progrès réalisés au niveau national, renforcer les liens entre le Royaume-Uni et le Nigeria et répondre aux préoccupations soulevées par les partenaires internationaux.
Sous sa direction, le Nigeria s'est efforcé de défendre la gouvernance démocratique au Sahel, une région qui a connu plusieurs coups d'État militaires ces dernières années, notamment au Niger, au Mali et au Burkina Faso.
« Le Nigeria continue de jouer un rôle stabilisateur en Afrique de l'Ouest, notamment par le biais de son engagement diplomatique et de son soutien aux transitions démocratiques dans la région », déclare le conseiller Sunday Dare.
Dare ajoute que cette visite « reflète la reconnaissance du rôle central du Nigeria dans la stabilité politique de l'Afrique » et de son rôle dans la « diplomatie régionale ».
Ogbole Amedu-Ode, ancien porte-parole du ministère nigérian des Affaires étrangères, confie à la BBC que la position de Tinubu sur la défense de la démocratie pourrait être perçue par le Royaume-Uni comme une « convergence d'intérêts » dans le soutien aux systèmes démocratiques en Afrique.

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Renforcer les liens
Cette visite intervient plusieurs mois après que le gouvernement britannique a dévoilé sa « nouvelle approche vis-à-vis de l'Afrique » en décembre 2025. Cette politique définit un cadre visant à renforcer les partenariats avec les pays africains dans l'intérêt mutuel à long terme.
La ministre britannique chargée de l'Afrique, la baronne Chapman de Darlington, a déclaré que cette approche marque le passage « du paternalisme à un partenariat fondé sur le respect et l'égalité ».
Pour le Royaume-Uni, cette visite pourrait renforcer les liens commerciaux, élargir les opportunités d'investissement et approfondir l'engagement stratégique avec la plus grande démocratie d'Afrique et l'un de ses plus grands marchés.
Les chiffres du gouvernement montrent que les échanges commerciaux entre les deux pays ont représenté plus de 8 milliards de livres sterling l'année dernière, faisant du Nigeria l'un des partenaires les plus importants du Royaume-Uni en Afrique.
Aujourd'hui, une importante diaspora nigériane renforce les liens culturels solides entre le Nigeria et le Royaume-Uni.
De nombreux Nigérians vivant, travaillant ou étudiant au Royaume-Uni envoient d'importants transferts de fonds vers leur pays d'origine et jouent un rôle majeur dans les échanges culturels. Ils contribuent également à faciliter les investissements entre les deux pays en s'appuyant sur leurs réseaux et leur connaissance du terrain.
Plus de 270 000 personnes ont indiqué le Nigeria comme pays de naissance lors du recensement de 2021 en Angleterre et au Pays de Galles. Le Nigeria est également membre du Commonwealth et a posé sa candidature pour accueillir les Jeux du Commonwealth de 2030.
En amont de la visite du président Tinubu, le roi Charles a organisé jeudi 12 mars, une réception au palais Saint James afin de rendre hommage à la diaspora nigériane et à ses contributions dans des domaines tels que les arts, la culture, la technologie et la finance.
Le roi a déjà fait part de son attachement personnel au Nigeria. Lorsqu'il était prince de Galles, il s'est rendu quatre fois dans ce pays et a déclaré qu'il appréciait la musique nigériane et aimait parler un peu le pidgin nigérian.

























