L'ONU reconnait par votes l'esclavage des Africains comme le "crime le plus grave contre l'humanité"

Un croquis en noir et blanc de trois esclaves en train d'être maîtrisés.

Crédit photo, Universal Images Group via Getty Images

Légende image, Entre 12 et 15 millions d'Africains ont été capturés lors de la traite négrière.
    • Author, Wedaeli Chibelushi
    • Author, Thomas Naadi
    • Role, BBC Africa
    • Reporting from, Accra
  • Temps de lecture: 5 min

L'Assemblée générale des Nations Unies a voté une résolution reconnaissant l'esclavage des Africains durant la traite transatlantique comme "le crime le plus grave contre l'humanité", une décision qui, espèrent les défenseurs des droits humains, ouvrira la voie à la guérison et à la justice.

La résolution, proposée par le Ghana, appelle à cette reconnaissance et exhorte les États membres de l'ONU à envisager de présenter des excuses pour la traite négrière et de contribuer à un fonds de réparations. Elle ne précise pas le montant des réparations.

La résolution a été adoptée par 123 voix pour et trois contre (celles des États-Unis, d'Israël et de l'Argentine).

Cinquante-deux pays se sont abstenus, dont le Royaume-Uni et des États membres de l'Union européenne.

Des pays comme le Royaume-Uni ont longtemps rejeté les appels à verser des réparations, arguant que les institutions actuelles ne peuvent être tenues responsables des injustices passées.

Contrairement aux résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU, celles de l'Assemblée générale ne sont pas juridiquement contraignantes, bien qu'elles bénéficient du poids de l'opinion internationale.

"Qu'il soit inscrit dans l'histoire que, lorsque nous avons été appelés à agir, nous avons fait ce qui était juste pour la mémoire des millions de personnes qui ont subi l'indignité de la traite négrière et de celles qui continuent de subir la discrimination raciale", a indiqué le président ghanéen John Mahama à l'Assemblée avant le vote.

"L'adoption de cette résolution est une garantie contre l'oubli. Elle permet également de lutter contre les séquelles persistantes de l'esclavage", a-t-il ajouté. Plus tôt, son ministre des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, a indiqué à l'émission Newsday de la BBC : "nous exigeons des réparations – et soyons clairs, les dirigeants africains ne réclament pas d'argent pour eux-mêmes".

"Nous voulons que justice soit rendue aux victimes et que les causes soient soutenues, avec des fonds pour l'éducation, des fondations et des programmes de formation professionnelle".

La campagne pour les réparations a pris un essor considérable ces dernières années : la "justice réparatrice" était le thème officiel de l'Union africaine pour 2025 et les dirigeants du Commonwealth ont conjointement appelé à un dialogue sur la question.

M. Ablakwa a également précisé qu'avec cette résolution, le Ghana ne plaçait pas sa souffrance au-dessus de celle des autres, mais se contentait de consigner un fait historique.

Entre 1500 et 1800, environ 12 à 15 millions de personnes ont été capturées en Afrique et emmenées aux Amériques où elles ont été réduites en esclavage. On estime que plus de deux millions de personnes sont mortes durant la traversée.

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La résolution, soutenue par l'Union africaine et la Communauté caribéenne, affirme que les conséquences de l'esclavage persistent sous forme d'inégalités raciales et de sous-développement "affectant les Africains et les personnes d'ascendance africaine dans le monde entier".

Ablakwa a déclaré à la BBC : "de nombreuses générations continuent de souffrir de l'exclusion et du racisme liés à la traite transatlantique, qui a séparé des millions de personnes du continent et les a plongées dans la pauvreté."

Avant le vote, les intervenants ont exprimé successivement des points de vue similaires.

Le Royaume-Uni, l'une des principales puissances impliquées dans la traite transatlantique, a reconnu les souffrances et les misères indicibles infligées à des millions de personnes pendant des décennies.

Mais son ambassadeur auprès des Nations Unies, James Kariuki, a déclaré à l'Assemblée générale que la résolution posait problème quant à sa formulation et au droit international.

"Aucune série d'atrocités ne devrait être considérée comme plus ou moins grave qu'une autre", a-t-il affirmé.

Des bateaux colorés flottent devant le fort des esclaves d'Elmina.

Crédit photo, Ullstein bild via Getty Images

Légende image, Le fort d'Elmina, fort négrier, figure parmi les nombreux comptoirs commerciaux historiques encore debout au Ghana.

L'ambassadeur des États-Unis auprès de l'ONU a tenu des propos similaires lors de son discours, déclarant que son pays "ne reconnaît aucun droit légal à des réparations pour des injustices historiques qui n'étaient pas illégales au regard du droit international au moment où elles ont été commises".

Par ailleurs, Dan Negrea a affirmé que les États-Unis s'opposaient à "l'instrumentalisation cynique des injustices historiques comme moyen de pression pour réaffecter des ressources modernes à des personnes et des nations ayant un lien de parenté lointain avec les victimes historiques".

Le Ghana, l'une des principales portes d'entrée de la traite transatlantique des esclaves, est depuis longtemps un fervent défenseur des réparations.

Des forts, où des dizaines de milliers d'Africains réduits en esclavage ont été détenus dans des conditions inhumaines, subsistent encore le long des côtes de ce pays d'Afrique de l'Ouest.

Outre les "problèmes juridiques" liés aux réparations, l'ambassadeur américain a souligné que la résolution restait floue quant aux "bénéficiaires de la justice réparatrice".

M. Negrea a également réagi aux critiques formulées précédemment par M. Mahama à l'encontre de l'administration Trump, accusée de "normaliser l'effacement de l'histoire des Noirs". Depuis son retour au pouvoir, le président américain a pris pour cible les institutions culturelles et historiques américaines, les accusant de promouvoir ce qu'il qualifie d'"idéologie anti-américaine".

Les décrets de Trump ont notamment conduit à la restauration de statues confédérées et à une tentative de démantèlement d'une exposition sur l'esclavage à Philadelphie.

"Ces politiques servent de modèle à d'autres gouvernements, ainsi qu'à certaines institutions privées", a affirmé Mahama mardi.

Mais Negrea a affirmé que le président Trump avait fait "plus pour les Afro-Américains que n'importe quel autre président".

"Il travaille sans relâche pour les aider et rendre notre pays plus grand que jamais", a-t-il déclaré.

La résolution demande également la restitution des objets culturels volés durant la période coloniale à leurs pays d'origine.

"Nous exigeons la restitution de tous ces objets pillés, qui représentent notre patrimoine, notre culture et notre importance spirituelle", a déclaré Ablakwa.

"Tous ces objets pillés pendant des siècles, jusqu'à l'époque coloniale, doivent être restitués."