Quatre puissants empires qui ont marqué l'histoire de l'Afrique de l'Ouest

    • Author, Abdou Aziz Diédhiou
    • Role, BBC News Afrique
  • Temps de lecture: 8 min

On ne compte pas moins de 16 Etats en Afrique de l'Ouest de nos jours, sur une superficie d'environ 6,8 millions de km2.

Hérité de la colonisation, ce morcellement de la région en micros Etats, tranche avec un passé glorieux, marqué par l'existence de puissants empires dont l'influence continue de façonner culturellement les populations de cette partie du continent africain.

Afrique de l'Ouest : territoire des grands empires

De l'Afrique de l'Ouest, on ne parle généralement que des crises politiques et sécuritaires que connaissent la plupart des pays de la région notamment ceux du Sahel.

Si l'on ajoute le sous-développement et l'extrême pauvreté de la population, on vient presque à oublier que cette partie du continent africain, est connue pour avoir été le territoire de grands empires, immensément riches et dont l'héritage est toujours vivant.

Dans cet article, BBC News Afrique vous fait découvrir quatre grands empires médiévaux qui ont prospéré dans cette région, de leur naissance, à leur déclin, en passant par leur apogée.

Un passé souvent évoqué par d'éminents historiens africains

Les travaux des historiens sénégalais Cheikh Anta Diop, guinéen Djibril Tamsir Niane, burkinabè Joseph Ki-Zerbo entre autres, nous ont appris que le moyen âge a été une période faste de l'histoire africaine, plus particulièrement dans la partie occidentale du continent.

En effet, entre le VIII et XVIe siècle, de grands empires aux territoires immenses, aux richesses énormes ont émergé en Afrique de l'Ouest.

Mêmes s'ils sont tombés après en déclin, ces empires ont considérablement marqué l'histoire durant leur apogée.

Malgré les effets de la colonisation, ce passé glorieux raconté brièvement dans les manuels scolaires est un élément de fierté sur lequel les Etats actuels tentent de se bâtir un destin semblable.

1- L'empire du Ghana

Le territoire de l'ancien empire du Ghana n'a rien à voir avec celui de l'actuel république du Ghana que les Anglais appelaient la Gold Cost.

L'empire du Ghana s'étendait d'un territoire allant d'une partie de la Mauritanie actuelle jusqu'aux rives du Niger, en englobant la région de la vallée du fleuve Sénégal, le Mali notamment la région de Tombouctou.

Au sud, le territoire de l'empire couvrait l'ouest malien jusqu'à la Falémé, cette région frontalière avec le Sénégal d'où d'ailleurs étaient situés ses importantes mines d'or qui ont fait la richesse de cet empire médiéval.

Les origines du Ghana font l'objet de débats chez les historiens. Certains font remonter la fondation de l'empire au III siècle avant Jésus-Christ, tandis que d'autres affirment que le Ghana été fondé un peu plus tard par les Soninké ou Sarakollé.

Ces derniers auraient bâti un petit royaume appelé Wagadou au sud-est de la Mauritanie et qui a donné naissance à l'Empire du Ghana.

L'empire du Ghana connait son apogée entre le Xe siècle et le XIe siècle sous le règne de Khaya Maghan CISSE.

L'économie de l'empire reposait essentiellement sur le commerce transsaharien de l'or dont le Ghana était abondamment doté, du sel, de l'ivoire, du cuivre et l'esclavage, mais aussi sur l'agriculture et l'élevage.

Cette immense richesse en or est mentionnée par les marchands arabes et perses qui désignaient le territoire du Ghana, ''pays de l'or''.

La capitale de l'empire est Koumbi Saleh, située aux confins du désert du Sahara dans le sud-est de la Mauritanie actuelle.

L'historien arabe andalou Al-Bakri (1040–1094) qui a visité Koumbi Saleh décrit une cité composée de deux parties: un quartier commerçant avec beaucoup de marchands arabes musulmans et un quartier administratif et spirituel protégé par un mur de pierre avec ses nombreuses mosquées.

L'empire du Ghana tomba en déclin au début du XI e siècle avec l'envahissement de la capitale Koumbi Saleh par les Almoravides en 1076, ces guerriers du désert, qui ont étendu leur domination jusqu'aux rives du fleuve Sénégal.

Lorsque l'actuel Ghana a pris son indépendance en 1957, les dirigeants du nouvel Etat indépendant ont choisi le nom de l'empire disparu d'où serait originaire le peuple Akan que l'on retrouve principalement au Ghana et en Côte d'Ivoire selon certains historiens.

2- L'empire du Mali

Il a régné en maître en Afrique de l'Ouest sur d'immenses territoires couvrant plusieurs pays actuels de la région.

La fondation de l'empire du Mali remonte au XIII e siècle. Son fondateur, n'est autre que l'empereur Soundjata Keita après sa victoire sur Soumaoro Kanté.

Proclamé ''Mansa du Mande'' Soundjata Keita se retrouve à la tête d'un vaste territoire comprenant plusieurs royaumes dont les souverains deviennent de fait des (farin) des sortes de gouverneurs de province.

Son empire s'étend du désert, aux contreforts du Fouta Djalon et Sénégal au Niger couvrant les territoires actuels du Sénégal, la Gambie, la Guinée Bissau, la Guinée Conakry, le Mali, le Niger et une partie du Burkina Faso et de la Mauritanie.

L'empire du Mali est d'ailleurs considéré par comme étant l'un des grands empires africains au Moyen Âge ayant réussi à perdurer jusqu'en 1645.

Le Mali restera l'un des empires les plus emblématiques de l'Afrique et dont la renommée a dépassé les frontières du continent.

L'histoire raconte que son fondateur Soundjata Keita aurait vécu jusqu'à 7 ans sans pouvoir marcher, ce qui a été utilisé par les autres pour humilier sa mère.

Djibril Tamsir Niane écrit dans son ouvrage Soundjata Keita que Sogolon, la maman du futur empereur manquant de condiments s'est adressé à Sassouma Bereté, sa coépouse pour lui demander des feuilles de baobab.

Dans sa réponse pleine de mépris, celle-ci lui dit : ''moi mon fils a sept ans savait marcher et c'est lui qui allait cueillir des feuilles de baobab pour moi''.

Cette humiliation pousse Sogolon à s'en prendre à son fils. Et c'est ce jour-là que Soundjata se redressa et se mit debout sur ses deux jambes.

Lorsqu'il s'est emparé du pouvoir, il entreprit la conquête du Djolof (Sénégal actuel) et d'autres territoires agrandissant l'empire.

Pour maintenir la paix et la cohésion au sein de ce vaste territoire, Soundjata convoqua une assemblée générale des notables et proclama la « charte du Manden » nouveau.

Selon l'historien guinéen Djibril Tamsir Niane, Soundjata Keita qui a entrepris la réorganisation de son immense territoire codifia les relations sociales au sein de l'empire entre les différentes composantes ethniques à Kouroukan Fouga il établit les droits de chaque peuple et scella l'amitié entre eux.

La capitale de l'empire se trouvait à Niani,

L'empire du Mali connut son apogée sous Mansa Moussa ou Kankan Moussa au XIVe siècle. L'empereur malien Kanka Moussa est connu comme étant l'homme le plus riche de tous les temps.

Son nom est resté dans l'histoire à la suite de son pèlerinage à la Mecque effectué (1324-1325) au cours duquel il aurait emporté d'énormes quantités d'or en Égypte et à la Mecque au point de faire chuter durablement le cours de l'or dans ces deux cités selon Djibril Tamsir Niane.

L'empire du Mali est tombé en déclin au XVe siècle avec l'émergence de l'empire Songhaï né sur ses flancs.

3- L' empire SONGHAÏ

C'est sous la dynastie des Askia que l'ancien royaume Songhaï, autre fois royaume vassal de l'empire du Mali verra le jour. Conquête après conquête, Sonni Ali Berb (1464-1492) arrive à agrandir son empire avec de nouveaux territoires au XIVe siècle.

Redoutable guerrier et fin stratège, Sonni Ali Ber qui a longtemps servi pour le compte de l'empire du Mali prend la tête d'une armée de cavaliers qui s'enfuit vers le Songhaï, son pays d'origine et s'empara du pouvoir sous le titre de Sonni qui veut dire ''Sauveur'' appelé également Sonni le Grand.

L'économie de l'empire était basée sur le commerce transsaharien, l'agriculture, l'élevage et la pêche mais surtout par le commerce de l'or, le cuivre et les barres de sel.

L'empire de Songhaï connait son apogée sous le règne de l'ASKIA MOHAMMED, à partir de 1493. A cette époque, sa réputation n'avait rien à envier aux empires européens.

La capitale de l'Empire songhaï était Gao Située au bord du fleuve Niger dans l'actuel Mali. La cité fut un grand centre administratif majeur.

Au-delà de Gao, l'empire comptait également d'autres villes célèbres comme Tombouctou et Djenné.

Sonni Ali Berb meurt en 1492, laissant la place à une nouvelle dynastie, celle des Askia dont le plus prestigieux monarque est Askia Mohamed dont le tombeau est toujours conservé à Gao.

Dès 1516, des rebellions et les luttes internes entre héritiers à la succession apparaissent au sein de l'empire contribuant à son affaiblissent.

La conquête des mines de sel de Teghaza et le commerce de l'or rendront cet empire si prospère au point de susciter des convoitises de conquérants venus du Maroc et qui ont fini par annexer l'empire en Mars 1591.

4- L'empire du Kanem-Bornou

La région du lac Tchad, elle, est le berceau d'un empire millénaire, celui du Kanem- Bornou.

Le Kanem-Bora a probablement été fondé vers le milieu du IXe siècle, et sa première capitale était située à Njimi, au nord-est du lac Tchad.

Son territoire correspond aujourd'hui au sud du Tchad, au nord du Cameroun, au nord-est du Nigeria et l'est du Niger.

Mais d'autres sources mentionnent que le territoire de l'empire s'étendait aussi jusqu'au Fezzan, cette région désertique du sud-ouest de la Libye actuelle.

Les historiens soulignent deux périodes d'apogée de l'empire du Kanem Bornou.

Une première période d'apogée autour du XIIIe siècle et une seconde autour du XVIe siècle.

Pendant ces deux périodes, le Kanem-Bornou se dote d'organisations politiques et sociales.

L'empire entretient une politique d'échanges commerciaux prospères avec ses voisins.

La dynastie des Sayf qui contrôle le territoire en fait un empire commercial majeur entre le IXe et le XIXe siècle.

Son économie reposait essentiellement sur le commerce du sel, des défenses d'éléphant, des plumes d'autruche et des animaux.

Au-delà du commerce, l'élevage et l'agriculture sont également pratiqués.

En raison de sa situation géographique, il servait de point de contact pour le commerce entre l'Afrique du Nord, la vallée du Nil et la région subsaharienne.

L'empire échangeait des esclaves contre des chevaux avec l'Afrique du Nord.

À la fin du XIVe siècle, le peuple Bulala contraignit le Sayf à abandonner Kanem, et la capitale fut transférée à Birni Ngazargamu, au Bornou, à l'ouest du lac Tchad.

Sous son souverain Idrīs Alawma, qui régna de 1571 à 1603 environ, le Kanem-Bornou s'étendit et se consolida.