Répression de l'homosexualité: la Wallonie-Bruxelles remettra-t-elle en cause les financements destinés au Sénégal ?

    • Author, Abdou Aziz Diédhiou
    • Role, BBC News Afrique
  • Temps de lecture: 6 min

L'adoption de la loi durcissant la répression de l'homosexualité au Sénégal continue de susciter des vagues.

Après la levée de boucliers des organisations de droits de l'homme et des associations LGBT, Cécile Neven, ministre wallonne de l'Énergie, du Plan Air-Climat, du Logement et des Aéroports, a appelé à la suspension des financements liés au climat du gouvernement wallon au Sénégal.

Une déclaration qui a poussé le chef du gouvernement sénégalais à réagir frontalement.

Que s'est-il passé ?

Dans une déclaration vidéo publiée ces derniers jours, Cécile Neven, ministre wallonne de l'Énergie, du Plan Air-Climat, du Logement et des Aéroports a pris la parole pour demander l'arrêt des financements du gouvernement de Wallonie-Bruxelles au Sénégal.

''Nous ne pouvons pas détourner le regard. Cette loi stigmatise, elle criminalise, bref, cette loi met des vies en danger'' a déclaré Mme Cécile Neven, au sujet de la loi durcissant la répression de l'homosexualité au Sénégal récemment adoptée à l'Assemblée nationale par 135 voix pour et 3 abstentions et aucune voix contre des 138 députés votants.

''Dans ce contexte, j'ai décidé d'annuler mon déplacement prévu fin mars au Sénégal dans le cadre d'un colloque international lié à des projets qui sont financés par la Wallonie'' a expliqué Cecile Neven, précisant avoir ''décidé de passer immédiatement en revue l'ensemble des financements wallons en matière de coopération climatique internationale avec le Sénégal''.

''Chaque euro public, doit être cohérent avec nos valeurs'' a estimé la ministre wallon de l'énergie, du Plan Air Climat du Logement et des Aéroports.

S'engageant à présenter au gouvernement wallon ses conclusions dans les plus brefs délais, Cecile Neven a affirmé que ''la question de la poursuite de ces financements doit être posée sans tabou''.

''La coopération internationale est utile et elle même indispensable, mais elle ne peut pas être aveugle. On ne transige pas sur la dignité humaine'' a t-elle martelé.

La réponse d'Ousmane Sonko

Dans une déclaration faite au sortir de la prière de l'Aïd El Fitr à Ziguinchor, dans la région sud du Sénégal, Ousmane Sonko a apporté sa réplique à la ministre du gouvernement de Wallonie-Bruxelles.

''J'ai lu un article qui dit qu'il y a un gouvernement européen qui dit que la loi que nous avons adoptée ces derniers temps sur ce que je ne voudrais pas nommer, leur a fait mal, au point qu'ils veulent couper leurs financements'' dit-il.

''A mon retour à Dakar, je vais proposer qu'on leur écrive en leur disant vous et vos financements pouvez quitter notre pays et nous laisser continuer ce que nous avons à faire'' a répondu sèchement Ousmane Sonko, sous les applaudissements.

''Il faut savoir que la souveraineté a un prix. C'est là que je m'adresse aux Sénégalais, la souveraineté a un prix'' citant un proverbe wolof qui dit ''celui qui vous prête un pagne pour couvrir votre corps, détient votre dignité''.

''Si on vous met des œillères, vous regardez là où on voudrait que vous regardez'' a t-il déclaré avant d'inviter ses compatriotes au travail.

''Le combat sur la souveraineté doit être porté par les Sénégalais grâce au travail. On doit éviter les polémiques, les querelles inutiles et se mettre au travail'' a t-il lancé à ses compatriotes.

Portefeuille de projets estimé à 40 millions d'euros en cinq ans

Selon DH Sports (La Dernière Heure), un quotidien généraliste majeur en Belgique francophone, le programme de coopération entre la Wallonie-Bruxelles et le Sénégal sur la période 2024-2029 prévoit 40 millions d'euros de financements, principalement via l'agence de coopération belge Enabel.

L'Accord de coopération entre la République du Sénégal, la Communauté française de Belgique et la Région wallonne a été signé en novembre 1998.

En 2003, un autre accord de coopération entre le Sénégal et la Commission communautaire française de la Région de Bruxelles-Capitale a été signé.

La coopération couvre les domaines tels que l'entreprenariat féminin, le soutien aux secteurs de la protection de l'enfance, de l'éducation, la formation technique et professionnelle et la coopération culturelle.

Les financements couvrent entre autres, les secteurs du climat, mais aussi, la santé et la souveraineté alimentaire.

Qu'est-ce que la fédération Wallonie-Bruxelles ?

La Fédération Wallonie-Bruxelles est l'une des trois communautés fédérées de la Belgique dotée d'un gouvernement de 8 ministres chargés du pouvoir exécutif.

Le gouvernement de Wallonie-Bruxelles est différent du gouvernement fédéral belge composé d'une quizaine de ministres francophones et néerlandophones.

La Wallonie-Bruxelles couvre les francophones de Wallonie et de Bruxelles. Le gouvernement wallon gère des compétences clés telles que l'enseignement, la culture, la recherche, le sport et l'aide à la jeunesse pour quelque 4,6 millions de citoyens.

Ce que dit la nouvelle loi contre l'homosexualité au Sénégal

Adoptée par 135 députés contre trois abstentions et aucune voix contre, la nouvelle loi sénégalaise sur l'homosexualité stipule que ''toute personne qui aura commis un acte contre nature sera puni d'un emprisonnement de 5 à 10 ans et d'une amende de 2 000 000 à 10 millions de Fcfa sans préjudice des peines prévues en cas de viol ou de pédophilie''.

Le terme ''actes contre nature'' désigne l'homosexualité dans le code pénal sénégalais.

La nouvelle loi comporte deux nouveaux délits relatifs à l'apologie des actes contre nature et à leur financement, deux aspects qui ne figuraient pas dans le code pénal sénégalais.

Désormais ''toute personne qui aura fait l'apologie des actes contre nature sera puni d'un emprisonnement de 3 ans à 7 ans et d'une amende de 500 000 à 5 millions'' Fcfa et ''toute personne qui aura financé ou appuyé par quelque moyen que ce soit une personne, un groupement ou une activité en vue de promouvoir ou de magnifier l'homosexualité la bisexualité, la transsexualité et la zoophilie sera puni'' des mêmes peines.

En dehors de ces aspects, la nouvelle lois prévoit également des peines de deux à trois ans de prison et d'une amende de 200 000 à 500 000 Fcfa pour les dénonciations calomnieuses sans aucune preuve faites à l'encontre d'une personne sur les réseaux sociaux et par le biais des moyens de communication.

L'adoption de cette loi intervient dans un contexte marqué par l'arrestation d'une quarantaine de personnes, poursuivies pour acte contre nature, transmission volontaire du vih/sida, blanchiment de capitaux.

Après son adoption par les députés, la nouvelle loi fera l'objet de promulgation par le président de la République avant son entrée en vigueur.