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Le décès d'Ali Larijani aggrave la crise au sein même de la direction iranienne
- Author, Amir Azimi
- Role, BBC Persan
- Temps de lecture: 4 min
La frappe aérienne israélienne qui a coûté la vie au chef de la sécurité iranienne, Ali Larijani, a privé la République islamique de l'un de ses décideurs politiques les plus expérimentés et les plus influents à un moment critique.
Larijani n'était pas un commandant militaire, mais il jouait un rôle central dans l'élaboration des décisions stratégiques de l'Iran.
En tant que secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, il était au cœur du processus décisionnel en matière de guerre, de diplomatie et de sécurité nationale.
Sa voix avait un poids considérable au sein du système, en particulier dans la gestion de la confrontation de l'Iran avec les États-Unis et Israël.
Après l'assassinat du Guide suprême Ali Khamenei le 28 février, Larijani avait adopté un ton provocateur, signalant que l'Iran était prêt pour un long conflit.
Sa mort, désormais confirmée par les médias d'État, intervient dans le cadre d'une campagne plus large au cours de laquelle plusieurs hauts responsables et commandants iraniens ont été tués en l'espace de quelques semaines. Cette tendance suggère un effort soutenu visant à affaiblir la structure dirigeante de l'Iran en temps de guerre.
Malgré sa position intransigeante à l'égard de l'Occident, Larijani était souvent décrit en Iran comme un pragmatique. Il alliait loyauté idéologique et approche technocratique, privilégiant une stratégie calculée à la rhétorique.
Il restait profondément sceptique quant à tout engagement avec les puissances occidentales, mais il a également participé à des efforts diplomatiques clés, notamment en tant qu'émissaire dans le cadre de l'accord de coopération à long terme entre l'Iran et la Chine.
Au moment de son décès, Larijani était chargé de gérer trois crises majeures.
La première était la guerre elle-même. Il estimait que l'Iran devait se préparer à une lutte prolongée et étendre le conflit à l'ensemble de la région et au-delà, notamment en fermant le détroit d'Ormuz.
La deuxième était une vague de troubles intérieurs, qui a débuté par des revendications économiques mais s'est rapidement transformée en manifestations de plus grande ampleur visant à renverser la République islamique. Ces manifestations ont été réprimées, entraînant la mort de plusieurs milliers de manifestants à travers le pays.
La troisième était le programme nucléaire iranien et les négociations indirectes au point mort avec Washington, deux dossiers qui avaient déjà été perturbés par des frappes militaires.
Son départ laisse ces questions en suspens et les transfère à un successeur encore inconnu, confronté à une situation extrêmement fragile. Si l'Iran a fait preuve de résilience, en partie en perturbant les marchés énergétiques mondiaux, son espace aérien reste exposé à de nouvelles frappes. Tout nouveau dirigeant sera immédiatement exposé au risque d'être pris pour cible.
Cela pourrait renforcer davantage le pouvoir de l'armée. Les récentes déclarations du président Masoud Pezeshkian laissent entendre que les unités des forces armées se sont vu conférer, dans les faits, de larges pouvoirs d'action au cas où les hauts dirigeants seraient mis hors d'état d'agir. Dans la pratique, cela pourrait se traduire par une prise de décision plus rapide, mais avec une coordination centrale moindre.
Certains signes indiquent également que les dirigeants peinent à gérer la succession. L'Iran a retardé les annonces publiques et a maintenu certaines personnalités, dont le nouveau guide suprême Mojtaba Khamenei, largement à l'écart des regards. On ignore si cela est dû à des raisons de sécurité ou à une incertitude interne.
À court terme, on peut s'attendre à une situation plus instable : une posture militaire plus dure dans la guerre et une répression plus sévère sur le plan intérieur.
Le chef de l'armée iranienne, Amir Hatami, a également menacé de lancer une riposte « décisive » suite à la mort de Larijani.
À long terme, cependant, un système qui continue de perdre des personnalités de haut rang pourrait avoir de plus en plus de mal à fonctionner efficacement, en particulier dans un pays de plus de 90 millions d'habitants.
L'impact de la mort de Larijani ne se limite donc pas à la perte d'un simple responsable. Il aggrave une crise de leadership qui pourrait affecter à la fois le cours de la guerre et la stabilité de l'État iranien lui-même.